QuelquesFilms.com

Présentation du film

Titre françaisDeux Cavaliers (Les)
Titre originalTwo Rode Together
Résumé Le lieutenant Jim Gary rend visite à son vieil ami le shérif Guthrie McCabe pour lui proposer une mission. Trop content d'échapper à sa compagne qui le presse de l'épouser, Guthrie accepte sans savoir ce qui l'attend et apprend plus tard que l'armée compte le missionner pour négocier avec les Comanches la restitution de prisonniers blancs capturés il y a longtemps. S'estimant mal rémunéré par l'État, Guthrie entend bien monnayer chèrement ses services auprès des familles des disparus...
ActeursJames Stewart, Richard Widmark, Shirley Jones, Linda Cristal, Annelle Hayes, John McIntire, Andy Devine, Paul Birch, Willis Bouchey, Henry Brandon, Woody Strode, David Kent
Réalisateur(s)JOHN FORD
Critique *** Deux ans après The Horse Soldiers (1959), John Ford tournait ce film, Two Rode Together. En France, le premier a été intitulé Les Cavaliers, et le second, Les Deux Cavaliers. Belle inspiration, encore une fois... Mais peu importe. Ford poursuit son grand tableau de l'histoire des États-Unis et reprend, pour ce film de commande, des thèmes qui lui sont chers. Le thème principal, déjà bien développé dans La Prisonnière du désert, concerne les femmes et les enfants blancs qui ont été kidnappés par les Indiens et contraints d'adopter leur mode de vie. Un thème qui s'inscrit dans le temps et met en évidence le difficile voire impossible retour aux sources pour ces individus, une réadaptation parfois non voulue ou rendue insupportable par une population blanche qui finalement ne les accepte plus, adoptant à leur égard une forme de racisme ordinaire. Dans le film, deux personnages font ainsi leur retour. Méprisés et considérés comme des bêtes de foire, ils étaient, selon un personnage, "mieux traités par les Comanches"... Le propos antiraciste du film, éloquent, lui confère en partie sa qualité.
Deuxième thème cher à Ford : la notion de justice (individuelle et collective) qui prend, vers la fin de l'histoire, une teinte très noire et laisse un goût très amer, avec la destinée du personnage de Running Wolf, adolescent violent "rapatrié" contre son gré. Cette noirceur et cette amertume trouvent cependant un contrepoint étonnant dans la tonalité générale du récit, véhiculée par un autre grand thème fordien s'il en est, l'amitié virile. Une amitié croquée avec une drôlerie irrésistible (assez rare chez Ford...), via des dialogues bien piquants, caustiques voire vachards. Une amitié fondée sur l'association des contraires. D'un côté, le personnage incarné par James Stewart dans un contre-emploi (ou presque) : shérif gredin qui ponctionne aux commerces de sa ville 10 % de leurs recettes, qui n'hésite pas à exploiter la détresse humaine... Bref, un personnage avide et cynique, apparemment sans coeur ni morale. De l'autre côté, le personnage incarné par Richard Widmark, lieutenant de l'armée, désintéressé, réglo et plutôt humaniste. Cette amitié improbable trouve ses atomes crochus dans un certain goût pour la bière, les femmes (dont l'une que les deux hommes semblent bien connaître, jusqu'aux petits secrets cachés dans sa lingerie) et surtout dans un antiracisme farouche.
Ces Deux Cavaliers surprennent au final par ce mélange paradoxal mais heureux de légèreté et de gravité, d'humour et de sens tragique. Très bien écrit (en matière de dialogues comme en matière de construction dramatique, avec la reprise à la fin d'éléments scénaristiques du début), le film témoigne d'une science du divertissement et d'une conscience politique propres à Ford, dans un registre pas si classique que ça, celui du western social, sans action spectaculaire ni rythme trépident (l'affiche française est trompeuse), sans grands espaces non plus. Western aux ciels plombés et aux ambiances nocturnes. Western plutôt intimiste, toujours intelligent, percutant, savoureux. Western que l'on peut préférer, dans la filmo de Ford, à certains de ses grands classiques, plus monolithiques, plus lourds (Les Cheyennes, par exemple).

Frédéric Viaux (film vu le 03/12/2014 sur grand écran)

Bande-annonce ou extrait

Laissez votre commentaire sur ce film

Vos avis (1)

De Didier - 06/06/2016
Comme La Prisonnière du désert, le film Les Deux Cavaliers pose l'un des graves problèmes d'une certaine époque du Far West, avec des Blancs faits prisonniers par les Indiens, qui adoptent ensuite leurs coutumes et qui se retrouvent déracinés une seconde fois si l'on essaie de les délivrer longtemps après leur capture. Le film décrit cette situation dramatique à l'aide de scènes parfois douloureuses et bouleversantes ; Ford livre avec une cruelle logique une leçon d'antiracisme à travers la destinée tragique d'individus qui n'appartiennent plus à aucune des deux communautés rivales, symbolisant ainsi toute la folie des guerres indiennes. Un western superbe qui contrebalance son pessimisme noir par l'humour bon enfant entre les deux personnages incarnés par Stewart et Widmark, et qui porte la marque indiscutable de son réalisateur.

Laissez votre commentaire sur ce film

Votre avis sera publié après soumission à modération.

Nom ou pseudo : (*)
Email :
Votre avis :
(*)
Il vous reste caractères
Code de sécurité :
lettrelettrelettrelettre
(*)
(*) Zones obligatoires