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Présentation du film

Titre françaisContes de la lune vague après la pluie (Les)
Titre originalUgetsu monogatari
Résumé À la fin du XVIe siècle, le Japon est en proie à des guerres civiles. Les clans s'affrontent et les populations souffrent. Dans un coin de campagne jusque-là épargné, deux couples continuent leurs activités respectives : la poterie et l'agriculture. Des activités bientôt perturbées par l'arrivée de soldats mais surtout par les ambitions des deux hommes chefs de familles. L'un veut faire fortune, l'autre devenir samouraï. Les deux couples partent alors vers la ville et vont au devant des dangers.
ActeursMasayuki Mori, Eitarô Ozawa, Kinuyo Tanaka, Mitsuko Mito, Machiko Kyô, Kikue Môri, Rôsuke Kagawa, Ichirô Amano, Ichisaburo Sawamura
Réalisateur(s)KENJI MIZOGUCHI
Critique **** Un an après avoir obtenu une reconnaissance internationale en étant couronné à Venise pour La Vie d'Oharu femme galante (1952), Kenji Mizoguchi confirmait dans ce même festival en décrochant un Lion d'argent pour Les Contes de la lune vague après la pluie. Voilà qui permit de consacrer, en Europe, le talent du cinéaste. Un peu tardivement hélas : Mizoguchi décédera peu de temps après, en 1956, laissant derrière lui pas moins de 85 films (!), en partie disparus aujourd'hui. Cette reconnaissance permit aussi de faire découvrir de nouveaux pans d'un cinéma asiatique fécond, alors bien mal connu.
Les Contes de la lune vague après la pluie demeurent l'oeuvre la plus célèbre de Mizoguchi en "Occident", souvent citée parmi les meilleurs films de l'histoire du cinéma. Le scénario est né d'un curieux croisement de deux oeuvres littéraires : celle d'Ueda Akinari et celle de Guy de Maupassant. Féru de littérature (et ayant eu accès dès son enfance à des romans étrangers), le cinéaste et ses deux scénaristes (Yoshikata Yoda, Matsutarô Kawaguchi) se sont inspirés de plusieurs contes de ces deux auteurs pour donner naissance à cette fable morale qui développe la thématique de l'illusion et de la désillusion, entre réalisme et fantastique. Sujets aux illusions de toutes sortes (rêves de gloires, amours fantômes, etc.), les hommes en prennent ici pour leur grade : ils sont belliqueux, cupides, orgueilleux, égoïstes... Leurs folies et leurs faiblesses sont destructrices. À l'inverse, la gent féminine est célébrée (comme toujours dans l'oeuvre du cinéaste) pour sa lucidité, son courage, son amour, ses sacrifices. Les femmes apparaissent à la fois comme les victimes et les vecteurs de rédemption d'une humanité perdue. Cette opposition confère au film une tonalité unique, mélange de violence et de douceur, de trouble et de sérénité, entre cruauté et pardon. Tout cela s'exprime à l'écran dans un noir et blanc superbement contrasté, esthétique propice à la confusion fantastique entre deux mondes, à la frontière indistincte de la lumière et de l'ombre, du visible et de l'invisible, des vivants et des morts. La réalisation et le cadrage, rigoureux et "carrés", laissent s'infiltrer naturellement le mystère. Cela donne quelques grands moments de poésie sombre (la scène nocturne et brumeuse à bord d'une barque) ou d'amour magique (la scène de pique-nique entre la princesse et le potier). La séquence finale est également nimbée d'une émouvante beauté mystérieuse. Mizoguchi avait initialement envisagé un dénouement moins moral, plus noir, sans retour ni repentance. Aurait-il été plus beau ?
À noter que ce film de 1953 n'est sorti en France qu'en 1959, suscitant un concert de louanges critiques, notamment celles de Jean-Luc Godard.

Frédéric Viaux (film vu le 26/10/1997, revu le 13/05/2015 sur petit écran)

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