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Présentation du film

Titre françaisClub (El)
Titre originalEl Club
Résumé Une petite ville côtière, au Chili. Une maison perchée sur des hauteurs. À l'intérieur, quatre prêtres vivent ensemble, encadrés par une nonne. Ils n'ont pas de contact avec la population, mais s'occupent d'un lévrier qui participe à des courses. Bientôt, la communauté est rejointe par un autre prêtre. Cette arrivée est suivie par l'irruption d'un vagabond qui se poste devant la maison et commence à faire le récit, à haute voix, des sévices sexuels qu'il a subis durant son enfance...
ActeursMarcelo Alonso, Roberto Farías, Alfredo Castro, Alejandro Goic, Alejandro Sieveking, Jaime Vadell, Antonia Zegers, José Soza, Francisco Reyes, Paola Lattus
Réalisateur(s)PABLO LARRAÍN
Critique *** Un film très audacieux dans sa volonté d'aborder frontalement un sujet délicat, méconnu et tout sauf "commercial". À savoir : l'existence de "centres de prière et de pénitence", appellation pudique pour désigner des lieux de retraite accueillant des prêtres démis de leurs fonctions et obligés à quitter leurs paroisses. Des lieux de retraite gérés discrètement par l'Église pour permettre aux prêtres délinquants ou criminels d'échapper à la justice de l'État et d'éviter ainsi quelques scandales retentissants. L'histoire du film se déroule au Chili, mais pourrait se passer ailleurs...
Après trois films très noirs ou amèrement ironiques, situés au coeur de la dictature chilienne (Tony Manero, Santiago 73 et No), le cinéaste Pablo Larraín change de perspective - les considérations sociopolitiques laissent place aux considérations socioreligieuses - mais pas de thématique critique : les abus de pouvoir, les violences physiques et morales, et leurs incidences sociales. Il ne change pas non plus de regard sur l'humanité, sondant une nouvelle fois les tréfonds pulsionnels et fangeux de l'âme humaine.
Le scénario nous introduit habilement au sein d'une petite communauté pas comme les autres, avec sa routine, ses silences pesants, ses mystères planants. Il rompt brutalement cet équilibre précaire, puis dévoile progressivement l'histoire et la personnalité des acteurs du drame, sous la forme d'une enquête (menée par un prêtre psychologue, aussi beau qu'inquiétant). Narration subtile et captivante. Propos très cru. Portrait de groupe aussi inédit que monstrueux. Le cinéaste manie l'abject avec un aplomb et une maîtrise redoutables : sans discours moralisateur, mais à coup de scènes confondantes, glaçantes ou grinçantes, parfois dans une veine tragi-comique qui génère un grand malaise. Le style visuel, avec l'utilisation de filtres blanc laiteux ou bleu sombre, soutient cette ambiance lourde et tendue, sans pour autant tomber dans la complaisance glauque qui était l'un des écueils de Tony Manero et de Santiago 73.
Bref, El Club est un film très dur et inconfortable, mais très réussi dans son genre. Juste dans sa dénonciation. Parfaitement interprété. Et puissant dramatiquement, notamment dans la conclusion, avec la mise en place terriblement retorse d'une justice en vase clos, d'un entre-soi cruel et sans issue, où se confondent bourreaux et victimes. Loin des regards. Loin de l'Église et de l'État. Dans le calme infernal d'un petit bord de mer.
Ours d'argent - Grand Prix du jury au festival de Berlin 2015.

Frédéric Viaux (film vu le 20/11/2015 sur grand écran)

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