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Présentation du film

Titre françaisJohnny Mad Dog
Titre originalJohnny Mad Dog
Résumé Présenté à Cannes en mai 2008, dans la sélection Un certain regard, ce film a reçu le Prix de l'espoir... malgré un sujet assez désespérant. Il raconte le quotidien d'enfants africains qui ont troqué leurs jouets contre des armes à feu. Une fiction au réalisme revendiqué, qui nous plonge dans les horreurs d'une guerre civile.
ActeursChristopher Minie, Daisy Victoria Vandy, Dagbeh Tweh, Mohammed Sesay, Barry Chernoh, Leo Boyeneh Kote
Réalisateur(s)JEAN-STÉPHANE SAUVAIRE
Critique ** Destins croisés
D'un côté : Johnny Mad Dog, un ado armé jusqu'aux dents, à la tête d'une horde sauvage d'enfants-soldats prêts à tout pour servir la cause des forces rebelles de leur pays. Quel pays ? On ne le saura pas. De l'autre côté : la jeune Laokolé, qui cherche à fuir les combats, à sauver son petit frère, ainsi que son père amputé des deux jambes. Johnny Mad Dog et Laokolé se rencontrent une première fois, le temps d'un long regard, dans un immeuble en ruine. Ils se retrouveront à la fin du film, alors que leur vie aura basculé.

Dressés pour tuer
Le réalisateur Jean-Stéphane Sauvaire, à qui l'on doit déjà un documentaire sur les enfants tueurs de Colombie (Carlitos Medellin), s'appuie ici sur une trame romanesque, un livre du congolais Emmanuel Dongala, Johnny Chien Méchant, publié aux éditions du Serpent à plumes. Sa préoccupation n'en demeure pas moins sociologique. Comment transforme-t-on des enfants ou des ados en acteurs principaux d'une guerre ? Par l'embrigadement et l'exploitation d'une insouciance déconnectée de la réalité. Les jeunes soldats ne sont que des enfants qui jouent à la guerre "pour de vrai", sans conscience. Ils n'ont peur de rien, tuent sans émotion. Mais ces "bouchers innocents" sont encore des enfants. En témoigne leur goût pour le déguisement (robe de mariée, perruques, masques, ailes de papillon...) et leurs surnoms, à l'américaine : Mad Dog, Small Devil, Young Major, etc.

Lâcher les chiens
Deux scènes d'embrigadement sont particulièrement réussies. La première présente des rites traditionnels, sacrificiels, destinés à déchaîner l'esprit guerrier. L'état de transe est bien rendu par une caméra qui épouse le rythme incantatoire et par quelques effets de montage. La seconde est animée par un esprit plus militaire et insiste sur le recours à la drogue pour conditionner ceux qui vont combattre. Résultat : un état second ou une exaltation permanente, des enfants qui ne savent plus parler qu'en criant et qui tirent sur tout ce qui bouge. Ils se découvrent une puissance et un pouvoir qui se traduisent par le viol (d'une présentatrice TV) ou le vol (épisode absurde où un gamin haut comme trois pommes contraint un vieil homme à lui donner son cochon).
Plus absurde encore, la guerre en elle-même, qui voit certains chefs changer de camp du jour au lendemain, laissant les enfants-soldats déboussolés, perdus. Une perte de sens et d'identité pour ces "chiens de guerre" qui n'existent plus que par le combat, qui n'ont plus de famille et qui semblent même avoir oublié leur nom civil.

Pessimisme et humanisme
Au-delà du sort particulier de ces guerriers en culotte courte, le réalisateur pointe le non-sens dramatique d'une société dont les forces vives sont des forces destructrices. Il pose aussi la question de l'avenir, de ce qui attend les nouvelles générations, et de la possibilité d'exister en tant qu'enfant. En marge de l'histoire centrale, une scène apparemment anodine montre une femme qui vient d'accoucher dans un hôpital. Tout s'est bien passé. Mais son regard est fixe et d'une tristesse infinie. No future ? La seule lueur d'espoir et d'humanisme, c'est Laokolé, le personnage féminin principal, qui la porte. Elle incarne l'intelligence, l'amour, la compassion, mais peut également céder à la violence et à la vengeance. Jusqu'où ira-t-elle ?

Adieu Disney
Le grand mérite de ce film est d'aborder frontalement le thème des guerres civiles en Afrique. Et pas de biais, en toile de fond d'un thriller ou d'un récit d'aventures, comme dans certaines fictions américaines. Jean-Stéphane Sauvaire filme au plus près des corps et au coeur même du mouvement, dans ce qu'il a de plus chaotique. Sans recherche esthétisante. Le spectateur prend tout de plein fouet. C'est une oeuvre choc, difficile mais juste. Une justesse à laquelle Mathieu Kassovitz a peut-être contribué en tant que producteur. Il retrouve ici une fibre sociale qu'il semblait avoir délaissée depuis le début de son aventure hollywoodienne.
Mais la justesse du film doit aussi et surtout aux acteurs. Si les noms ou prénoms de certains d'entre eux (Christopher Minie, Daisy Victoria Vandy) évoquent, par un curieux hasard ou une ironie tragique, l'univers de Disney, leur vie n'a pas été rose. Ils ont participé aux guerres civiles (au Liberia), comme soldats ou victimes. Il a fallu un coaching d'un an pour leur permettre de transfigurer leur expérience traumatisante et de la restituer à l'écran.
On compte actuellement 250 000 à 300 000 enfants-soldats dans le monde, dont la moitié en Afrique. Une situation que les services de l'ONU et les ONG ont bien du mal à solutionner. En 1996, Raymond Depardon avait titré l'un de ses documentaires : "Afriques, comment ça va avec la douleur ?" La réponse est toujours la même. Mal.

Frédéric Viaux (film vu le 18/11/2008 sur grand écran)
Article paru sur le site www.culturclub.com

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