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Présentation du film

Titre françaisPlages d'Agnès (Les)
Titre originalLes Plages d'Agnès
Résumé Attentive toute sa vie aux êtres et aux choses, Agnès Varda a promené son regard d'artiste aux quatre coins du monde. Le fil rouge de sa mémoire, ce sont les plages. De Knokke-le-Zoute à Sète, en passant par Los Angeles et La Havane. Dans le film, elle marche à reculons sur ces étendues de sable pour revisiter son passé et son art. C'est une oeuvre d'une grande inventivité formelle et narrative. Un "collage-bricolage" poétique, ludique, sensible.
ActeursAgnès Varda, Andrée Vilar, Rosalie Varda, Mathieu Demy, Yolande Moreau
Réalisateur(s)AGNÈS VARDA
Critique *** Un nouveau documentaire d'Agnès Varda ? Oui et non. La cinéaste est une spécialiste du genre. On se souvient de Daguerréotypes, de Documenteurs, de Mur Murs ou, plus récemment, des Glaneurs et la Glaneuse. La différence, ici, c'est qu'elle est à la fois l'auteur et le sujet de son oeuvre. On peut donc parler d'autodocumentaire comme on parle d'autobiographie en littérature. À cela près qu'elle détourne un peu le principe de cet exercice, en se tournant autant vers elle-même que vers les autres...

Le fond et la forme
Cet autodocumentaire est un film sur la mémoire. Agnès Varda compare ses souvenirs à des "mouches" qui virevoltent. Pour les capter, les matérialiser, elle donne à voir un passionnant montage d'images et invente une "grammaire" bien à elle. La diversité des sources visuelles est à l'image des nombreux talents de cette touche-à-tout, à la fois photographe, scénariste, cinéaste, vidéaste, artiste plasticienne... On découvre ainsi de vieilles photos, des extraits de ses films (Cléo de 5 à 7, Sans toit ni loi, etc.), des images d'archives, des reconstitutions de scènes du passé, des reproductions "vivantes" de tableaux (Les Amants de Magritte), des incrustations animées... Sans oublier les "installations", insolites, qui sont parfois d'ingénieuses mises en abyme, comme ce déploiement de miroirs sur une plage pour montrer le film en train de se faire.
Bref, c'est un kaléidoscope original, foisonnant sans être fourre-tout, grâce à un montage particulièrement équilibré et dynamique. La narratrice déstructure plus ou moins la chronologie, préférant souvent avancer par association d'idées. Sans perdre pour autant le spectateur. La voix off est là pour maintenir le fil.

L'art des rencontres
Petit retour sur une carrière et sur les hommes et les femmes qui ont croisé le chemin de l'artiste. Elle se souvient de sa rencontre avec Jean Vilar et de ses débuts de photographe au festival d'Avignon. Ou de son premier film, La Pointe courte, dans lequel elle met en scène Philippe Noiret dans son premier rôle au cinéma. Elle accorde bien sûr une place importante à son mari et cinéaste, Jacques Demy. Autant d'êtres chers qui ne sont plus et qu'elle évoque parfois les larmes aux yeux et la voie tremblante. Mais rien n'est jamais "plombant" dans ce film. Une virevolte, puis le ton léger et amusé reprend le dessus.
On va ainsi de surprise en surprise. Des images d'archives montrent Harrison Ford, tout jeune, passant un casting pour un tournage d'Agnès Varda aux États-Unis (le producteur de la Paramount conseilla d'ailleurs à l'acteur d'abandonner toute idée de faire carrière...). Autres apparitions étonnantes : Jean-Luc Godard, en pleine Nouvelle Vague, qui accepte d'enlever ses lunettes (fait rarissime) pour dévoiler son regard ; ou encore Jim Morrison, avec qui la réalisatrice s'est liée d'amitié.

Intimité
Outre sa vie d'artiste, qui couvre plus d'un demi-siècle d'art en France ou à l'étranger, Agnès Varda parle de son enfance, de sa vie de femme, d'épouse et de mère. Elle glane de-ci de-là des petits bouts de son histoire intime. Faire revivre sa jeunesse n'est qu'un "jeu" pour elle, sans nostalgie. D'ailleurs, lorsqu'elle redécouvre la maison où elle a grandi à Bruxelles, elle s'intéresse plus aux habitants actuels qu'à ses souvenirs. En revanche, l'évocation de son engagement féministe pour le droit à l'avortement et de son expérience en la matière révèle des blessures profondes. Enfin, elle met à nu son amour pour Jacques Demy, entre bonheur et amertume. Et mentionne pour la première fois la maladie qui l'a terrassé : le sida.
Comme à son habitude, la réalisatrice mêle l'essentiel et l'anecdotique, parce que la vie est ainsi faite.

Clap de fin ?
Agnès Varda se souvient "tant qu'elle vit". C'est elle qui le dit. En tournant les pages du livre de sa vie, à 80 ans, mais aussi en offrant dans ce film un condensé de tout ce qu'elle sait faire et de tout ce qu'elle aime, elle crée une sorte de testament cinématographique, à sa façon. Réflexion lucide, douce ironie, pure émotion... C'est particulièrement touchant. On a presque envie de lui dire merci. Merci d'avoir gardé cette passion de l'humain, d'avoir su regarder et écouter, tout en mesurant combien il est difficile de connaître et de comprendre. Une passion et une humilité qui imprègnent son oeuvre, si personnelle, si universelle.
César 2009 du meilleur documentaire.

Frédéric Viaux (film vu le 20/12/2008 sur grand écran)
Article paru sur le site www.culturclub.com

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