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Présentation du film

Titre françaisDelta
Titre originalDelta
Résumé Après Pleasant Days et Johanna, voici le troisième long-métrage du réalisateur hongrois Kornél Mundruczó. Récompensé par le Prix de la critique internationale au festival de Cannes 2008, ce film, d'une grande beauté formelle, évoque l'union maudite d'un frère et d'une soeur sur les rives du Danube. Un drame sombre aux images lumineuses, à la fois tendu et contemplatif, austère et magnifique.
ActeursFélix Lajkó, Orsolya Tóth, Lili Monori, Sándor Gáspár
Réalisateur(s)KORNÉL MUNDRUCZÓ
Critique *** Tabou
De retour dans sa ville natale après une longue absence, un jeune homme taciturne débarque chez sa mère. Des retrouvailles sans effusion, marquées par la rencontre d'un beau-père et d'une soeur dont il ignorait l'existence. À la question "tu restes combien de temps ?", le jeune homme répond simplement "je reste", et demande la permission d'investir l'ancienne cabane de son père, située dans un coin isolé du delta du Danube. Très vite, il entreprend de construire une maison sur pilotis et reçoit l'aide de sa soeur, qui décide de s'installer avec lui. Une union condamnée par la famille et par la population locale.

Nature, contre-nature
Kornél Mundruczó a une façon bien à lui d'aborder le thème tabou de l'inceste. Avec pudeur et distance. Économie de mots et de scènes explicites. Un gros plan sur des pieds qui se rapprochent pour évoquer un baiser, quelques ombres derrière un drap qui sèche au soleil... Le réalisateur filme simplement deux êtres qui vivent ensemble, dans l'évidence de leur attirance, en harmonie avec la nature. Deux innocents qui ne demandent rien d'autre que la liberté de vivre et de s'aimer. Mundruczó détourne ainsi la question morale pour aborder celle de la liberté individuelle face à la norme sociale. Dans son film, ce n'est pas l'interdit brisé qui est choquant mais l'intolérance, la haine et la violence qu'il suscite. Le réalisateur oppose un sentiment d'amour, primitif et naturel, à la méchanceté aveugle de la vindicte populaire. Derrière tout cela, on retrouve l'idée rousseauiste d'un homme bon à l'état de nature, puis corrompu par la société.

Dramatisation du décor et portée symbolique
À partir d'une trame narrative extrêmement dépouillée, Kornél Mundruczó a réussi un petit miracle pour donner à son film une telle force expressive. Sa réalisation est précise et inspirée. Principale qualité : la dramatisation du décor. Le delta du Danube semble "habité", vivant. La nature sauvage peut être généreuse et accueillante. Elle apparaît alors comme un paradis perdu, refuge de deux Robinson qui cherchent à s'isoler le plus possible du monde des hommes. En témoigne la construction d'un très long ponton, puis d'une maison au-dessus des eaux, symbole d'une union qui s'élève au-dessus des conventions humaines.
Mais la nature peut aussi se faire l'écho d'une tension, d'une menace, voire d'une colère sourde. Les lents travellings dans un labyrinthe de canaux, accompagnés de quelques notes au violon, graves, sont à la fois envoûtants et inquiétants. Comme lors de cette procession funèbre sur l'eau, d'une sombre beauté. Au petit matin, lorsque le delta est noyé dans la brume et dans une lumière diffuse, l'atmosphère est quasi irréelle. On se croirait sur le fleuve des Enfers. De même, l'eau n'est jamais vraiment montrée dans sa limpidité ou sa fluidité. Elle apparaît davantage comme une eau opaque, stagnante, une "eau lourde", pour reprendre une expression bachelardienne. Bref, la puissance poétique est ici un potentiel dramatique.

Le sentiment tragique
Si l'environnement naturel prépare en quelque sorte au dénouement tragique, le monde des hommes n'est pas en reste. Les signes annonciateurs sont nombreux. Il y a d'abord l'hostilité de la population locale. Une série de plans au cadrage serré montre des visages patibulaires, à l'expression figée, au regard accusateur. Et puis il y a ce silence. Assourdissant. Empli d'une fureur qui ne demande qu'à exploser. Et qui explosera une première fois lors d'une scène de viol d'autant plus terrible qu'elle est filmée de loin et conclue par un plan rapproché extrêmement cru.
La tragédie développée par Kornél Mundruczó est à la fois classique et originale. Classique dans son évolution narrative, à l'antique : l'interdit brisé enclenche une mécanique fatale. Mais original dans sa forme : non pas portée par les dialogues, rares, mais par la force des images. Le physique hermétique et le jeu minimaliste des acteurs (Félix Lajkó, violoniste assez connu en Hongrie, auteur également de la musique du film, et Orsi Tóth, l'égérie du cinéaste) concourent par ailleurs à renforcer le mystère et la rudesse de l'histoire.
Ceux qui ont vu Le Retour, superbe film d'Andreï Zviaguintsev, pourront établir un certain lien de parenté cinématographique entre le réalisateur russe et le réalisateur hongrois.

Frédéric Viaux (film vu le 19/02/2009 sur grand écran)
Article paru sur le site www.culturclub.com

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