QuelquesFilms.com

Présentation du film

Titre françaisLifeboat
Titre originalLifeboat
Résumé Durant la Seconde Guerre mondiale, un cargo américain est torpillé par un sous-marin de l'armée allemande au large des Bermudes. Huit survivants montent à bord d'un canot, bientôt rejoints par un membre de l'équipage du sous-marin, également naufragé. Entre inimitié guerrière et besoin de secours mutuel, la tension monte. Quel sort faut-il réserver à l'Allemand, le seul à maîtriser la navigation et à pouvoir opérer un blessé ?
ActeursTallulah Bankhead, William Bendix, Walter Slezak, John Hodiak, Mary Anderson, Hume Cronyn, Henry Hull, Canada Lee, Heather Angel, William Yetter Jr.
Réalisateur(s)ALFRED HITCHCOCK
Critique ** Sur cette idée de naufragés, isolés en pleine mer, en temps de guerre, Alfred Hitchcock voulait travailler avec un écrivain populaire et de qualité, raconte Donald Spoto dans son bouquin dédié au cinéaste britannique, La Face cachée d'un génie. Hitchcock proposa d'abord à Ernest Hemingway d'écrire un scénario. Mais celui-ci déclina, occupé à d'autres projets littéraires. Peu après, John Steinbeck accepta mais se heurta vite aux contraintes scénaristiques imposées par le réalisateur. L'écrivain pensait que le lieu unique d'action, un canot de sauvetage, affaiblissait le caractère dramatique de l'histoire. Il écrivit quelques scènes et un synopsis, puis lâcha l'affaire. C'est finalement le scénariste Jo Swerling, un fidèle collaborateur de Frank Capra, qui reprit l'histoire avant que Hitchcock lui-même ne révise tous les dialogues quelques jours avant le tournage...
On tourna tout le film dans un studio, sur une immense cuve, sans décor (les paysages marins sont des rétroprojections d'images). Ce fut manifestement compliqué, éprouvant, certains acteurs tombant malades à force d'être aspergés d'eau à longueur de journées. Mais Spoto rapporte quelques anecdotes amusantes. Pour être plus à l'aise, l'actrice Tallulah Bankhead (remarquée par Hitchcock dès 1923 dans un théâtre londonien et qui joue ici son seul vrai grand rôle au cinéma) refusait de porter des sous-vêtements... Et Mary Anderson était très soucieuse de son apparence. "M. Hitchcock, quel est mon meilleur profil, à votre avis ?" demanda-t-elle en prenant un fauteuil tout près du réalisateur. "Ma chère", répondit-il sans même la regarder, "vous êtes assise dessus."
Au final, comme la plupart des films du réalisateur britannique, Lifeboat apparaît comme un étonnant mélange d'aspirations que François Truffaut résume ainsi dans Le Cinéma selon Hitchcock : "Son oeuvre est à la fois commerciale et expérimentale..." Le côté expérimental, ici, tient dans le genre même du film, un huis clos "ouvert", qui a nécessité de nombreuses prouesses techniques et surtout une grande science de la mise en scène, avec une préparation spécifique : l'histoire a été presque entièrement storyboardée, pratique inhabituelle à l'époque. Autre fait peu banal pour un film de studio : il n'y a quasiment pas d'accompagnement musical, afin de privilégier les bruits de la mer. Le côté commercial, c'est l'histoire : une situation dramatique exceptionnelle, qui captive immédiatement ; des personnages archétypaux et très variés (une journaliste plutôt b.c.b.g., un ouvrier communiste, un chef d'entreprise, une infirmière...), pour que chacun s'y retrouve ; des questions à portée universelle (doit-on apporter secours à son ennemi ? peut-on lui faire confiance pour servir un intérêt commun ?). Tout cela engendre des tensions, des suspicions, des cas de conscience, avec en toile de fond l'enjeu de la survie du groupe. Sans atteindre des sommets, la formule est efficace. Avec un zest d'humour et de cynisme bienvenu.
Mais cette fois-ci, Hitchcock n'a pas tout bien maîtrisé dans la dimension commerciale de son film, qui a été plutôt mal accueilli à sa sortie, pendant la guerre. On lui a reproché de trop valoriser le personnage de l'Allemand, fin navigateur, rusé, tandis que les autres personnages apparaissent plus faibles, plus vulnérables et souvent désunis. Le réalisateur voulait montrer que "le principe de la démocratie était voué à l'échec si les Alliés ne réunissaient pas leurs forces et leurs talents, sans se préoccuper de leurs différences nationales, et n'oubliaient pas un instant leurs petits problèmes personnels" (Spoto). Mais le message n'est apparemment pas bien passé. Et la fin ne résout pas la question de la relation à l'ennemi, que l'opinion publique aurait peut-être aimé voir tranchée de façon plus radicale.
Pour finir, notons que malgré le huis clos, Hitchcock a trouvé le moyen d'apparaître à l'écran, comme il le fait dans presque tous ses films. Le cinéaste figure sur une publicité dans un journal lu par un passager. Publicité pour un régime amincissant, qui montre deux fois sa silhouette, avant et après le régime. Hitchcock avait en effet perdu beaucoup de poids avant le tournage, en suivant un régime drastique...

Frédéric Viaux (film vu le 14/06/2012 sur petit écran)

Bande-annonce ou extrait

Laissez votre commentaire sur ce film

Votre avis sera publié après soumission à modération.

Nom ou pseudo : (*)
Email :
Votre avis :
(*)
Il vous reste caractères
Code de sécurité :
lettrelettrelettrelettre
(*)
(*) Zones obligatoires