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Présentation du film

Titre françaisGuépard (Le)
Titre originalIl Gattopardo
Résumé En 1860, les Chemises rouges de Garibaldi envahissent la Sicile (sous domination espagnole), revendiquant le territoire au nom de l'unité de l'Italie. Une nouvelle ère s'ouvre. De son côté, le prince Salina, membre éminent de l'aristocratie sicilienne, quitte son palais de Marsala pour passer l'été à Donnafugata avec sa famille. Son neveu Tancrède y tombe amoureux d'Angelica, la fille du maire. Anticipant le déclin de sa classe et l'avènement de la bourgeoisie, Salina encourage cette union.
ActeursBurt Lancaster, Alain Delon, Claudia Cardinale, Rina Morelli, Paolo Stoppa, Romolo Valli, Serge Reggiani, Lucilla Morlacchi, Terence Hill, Giuliano Gemma, Pierre Clémenti, Ottavia Piccolo
Réalisateur(s)LUCHINO VISCONTI
Critique **** Somptueuse adaptation du roman de Lampedusa, paru en 1958. Un roman dans lequel Luchino Visconti a probablement trouvé des résonances personnelles, lui qui est issu d'une illustre famille (lombarde). Quant à la Sicile, le réalisateur s'y était déjà intéressé quinze plus tôt en tournant La Terre tremble, documentaire néoréaliste sur la misère des pêcheurs. Autre style, autre classe sociale, autre époque... Au fond, les motivations biographiques et géographiques sont anecdotiques. Ce qui a certainement séduit Visconti dans le roman de Lampedusa, outre sa qualité, c'est son parfum de décadence, parfum que l'on retrouvera dans nombre de ses films comme une constante thématique et stylistique (Les Damnés, Mort à Venise, Violence et Passion...). "J'ai de la décadence un opinion très favorable", dira-t-il après Violence et Passion.
Visconti peint ici le portrait d'un homme (le prince Salina) et le tableau de son milieu (l'aristocratie sicilienne) dans une période historique charnière (la seconde moitié du XIXe siècle, qui voit la bourgeoisie supplanter peu à peu la noblesse ancestrale). C'est le portrait d'un homme vieillissant mais lucide, qui s'adapte suffisamment pour préserver l'essentiel ("changer pour que rien ne change"), tout en faisant le deuil du passé et en ressentant une insondable mélancolie. Burt Lancaster confère à son personnage une élégance et une dignité incroyables, tout de raideur et de subtilité mêlées. Il est magnifique et touchant. C'est sûrement la plus belle prestation de sa carrière. Et l'une des plus grandes performances d'acteurs de tous les temps. À côté de lui, en opposition, Alain Delon et Claudia Cardinale incarnent parfaitement la beauté et la fougue de la jeunesse, ainsi que le renouveau sur le plan social et politique. Quant au tableau du milieu aristocratique, monde finissant, Visconti le restitue dans toute sa magnificence, comme un chant du cygne. La reconstitution est d'un luxe inouï. Des centaines de personnes ont travaillé sur les décors, les costumes, les coiffures, le maquillage... Chaque détail est soigné et le tout est magnifié par la photographie (couleurs sublimes) et la mise en scène (à la fois fluide et d'une grande qualité picturale). Point d'orgue de cette reconstitution : la longue scène de bal finale, qui a nécessité quarante nuits de tournage et dont Martin Scorsese s'est inspiré pour Le Temps de l'innocence. Cette scène d'anthologie résume tout le film : la vieillesse croise la jeunesse, le faste côtoie le vulgaire (propos ironiques sur les "petits singes", plans sur les pots de chambre...). Les temps changent. La beauté d'antan commence à se corrompre. L'atmosphère devient étouffante. Et le prince Salina s'en va au petit matin, seul, vacillant légèrement dans la pénombre.
Raffiné, intelligent, émouvant, contemplatif sans jamais être ennuyeux, Le Guépard n'a qu'un seul défaut : le doublage des voix en VO italienne, vraiment approximatif. Mais peu importe... Palme d'or à Cannes en 1963, le film a obtenu un large succès à sa sortie, tant critique que public.
À noter enfin quelques noms au générique : Suso Cecchi D'Amico, fidèle scénariste de Visconti ; Nino Rota, compositeur de la musique du film ; et Mario Girotti, alors jeune espoir du cinéma italien, qui prendra plus tard le pseudo de... Terence Hill.

Frédéric Viaux (film vu le 12/04/1996, revu le 31/08/2012 sur grand écran)

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Vos avis (1)

De Didier - 29/05/2016
C'est probablement le chef-d'oeuvre absolu de Luchino Visconti, qui résume tout son style ; le trio Lancaster-Delon-Cardinale est aussi éblouissant que les luxueuses demeures et les fastes d'une aristocratie sur le déclin. On vibre à la présence monolithique et digne de Burt Lancaster dans son rôle de prince Salina qui constate amèrement que son monde est en train de changer ; on vibre à celle d'Alain Delon en Tancrède fougueux, et à celle de Claudia Cardinale resplendissante dans sa robe blanche à crinoline, lors de la longue séquence de bal. Une séquence anthologique, qui marque et qui permet à Visconti d'étaler le faste des décors et des costumes, le souffle romanesque et poétique, et la richesse de sa mise en scène, qui recréent magnifiquement une époque historique en mutation en Italie (et en Sicile). Le soin, l'élégance, le raffinement et le souci d'esthétisme prodigieux contribuent à la fascination éprouvée. Un très grand film.

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