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Présentation du film

Titre françaisHauts de Hurlevent (Les) (2010)
Titre originalWuthering Heights
Résumé Mr. Earnshaw recueille à Liverpool un enfant noir qu'il a trouvé errant dans les rues. Il le ramène dans sa ferme, au coeur d'une campagne ouverte à tous les vents. Le gamin, baptisé Heathcliff, doit supporter un racisme ambiant, des brimades et la jalousie du fils de la maison, Hindley. Mais il noue des liens intimes avec Catherine, la fille de Mr. Earnshaw...
ActeursJames Howson, Kaya Scodelario, Solomon Glave, Shannon Beer, Lee Shaw, Steve Evets, Paul Hilton, Simone Jackson, Nichola Burley, James Northcote, Amy Wren, Oliver Milburn
Réalisateur(s)ANDREA ARNOLD
Critique ** Il en a mis du temps, ce film, avant d'arriver sur les écrans français : tourné en 2010, sélectionné au festival de Venise en 2011 (où il a obtenu le Prix de la meilleure contribution artistique) et distribué dans l'Hexagone seulement fin 2012 (avec très peu de copies en circuit)... Il s'agit pourtant de l'adaptation d'un roman populaire (Emily Brontë, 1847) auquel se sont déjà frottés bien des réalisateurs et des acteurs. Au cinéma : Albert Victor Bramble (1920), William Wyler (1939, avec Laurence Olivier et Merle Oberon), Luis Buñuel (1953, avec Jorge Mistral et Irasema Dilian), Robert Fuest (1970, avec Timothy Dalton et Anna Calder-Marshall), Yoshishige Yoshida (1988, avec Yûsaku Matsuda et Yûko Tanaka) et Peter Kosminsky (1992, avec Ralph Fiennes et Juliette Binoche). C'est donc plutôt une valeur sûre auprès du public. Mais les distributeurs ont sûrement été refroidis par l'approche d'Andrea Arnold, figure montante du cinéma indépendant grand-breton, qui signe là son troisième long-métrage, après Red Road (2006) et Fish Tank (2009). Une approche qui fait souffler un vent nouveau sur ce classique de la littérature : zéro glamour, zéro flonflon romantique, mais un mélodrame cru et âpre, d'une intensité sauvage et sensuelle. Pas très "divertissement de Noël", certes, mais d'une qualité et d'une originalité qui méritaient de toucher un public plus large. Dommage.
Principale innovation d'Andrea Arnold par rapport au roman : Heathcliff est noir. Ce qui introduit une dimension sociale nouvelle, renforce la marginalisation du personnage et les difficultés d'un amour avec Cathy. Le scénario avive ainsi les tensions, les heurts. Pour le reste, il taille dans le roman, le dépouille de dialogues, le "désintellectualise", pour se concentrer de manière sensitive sur l'enracinement d'une obsession amoureuse dans un contexte rude et tourmenté. Le contexte humain, c'est un tissu de relations violentes, nourries de passion, de cruauté, de jalousie. Le contexte naturel, c'est un univers de boue et de vent, d'herbes folles noyées dans les brumes. La réalisatrice Andrea Arnold et le chef op' Robbie Ryan captent tout cela avec une caméra vibrante (souvent à l'épaule), proposent des points de vue subjectifs, alternent des gros plans frémissants de vie (sur les hommes, les animaux, la végétation) et des plans larges plus froids mais saisissants de beauté (paysages, ciels). Ils jouent aussi superbement avec la lumière ou avec les focales pour jongler entre le net et le flou. Dans le même temps se fait entendre une multitude de sons qui donnent encore plus de réalité, d'épaisseur, à l'environnement décrit. Un environnement que l'on ressent grâce à une remarquable poétique des éléments (telle que l'envisageait Gaston Bachelard), avec une prédominance ici de la terre, de l'eau et de l'air. Le drame plonge ainsi dans une vraie matière élémentaire ; il y trouve son corps, son âme, son souffle. Et ça c'est rare.
Quelques petites faiblesses empêchent toutefois de s'emballer complètement pour ce film. Au niveau de la narration, il y a un léger déséquilibre entre la partie sur l'enfance des personnages, qui s'étire dans le temps avec un minimum d'actions, et la seconde partie, à l'âge adulte, plus ramassée et davantage concentrée en rebondissements qui auraient mérité un peu plus de développements pour un meilleur impact. L'ellipse temporelle met par ailleurs en évidence des choix de casting pas très heureux ou une mauvaise gestion de l'évolution des personnages : les actrices interprétant Cathy enfant et Cathy adulte sont trop différentes physiquement pour que la transition soit crédible, tandis que les personnages de Hindley et de son fils ont trop peu vieilli, d'une époque à l'autre, en comparaison des personnages principaux. Enfin, la réalisatrice, emportée par son élan, abuse parfois un peu des mêmes effets stylistiques.
Cette nouvelle version des Hauts de Hurlevent n'en demeure pas moins très inspirée, singulière, consistante et puissante.

Frédéric Viaux (film vu le 13/12/2012 sur grand écran)

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