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Présentation du film

Titre françaisPorte du paradis (La)
Titre originalHeaven's Gate
Résumé Wyoming, fin du XIXe siècle. Le partage des terres oppose deux "classes" d'immigrants, l'une issue d'une première vague anglo-irlandaise, aisée, l'autre récemment venue d'Europe centrale ou de l'Est, miséreuse. Une grosse association d'éleveurs de bétail, appuyée par le gouvernement, embauche des mercenaires pour exterminer 125 nouveaux venus, considérés comme anarchistes ou voleurs. Un homme de loi tente de s'opposer et de sauver l'une des migrantes visées, une prostituée dont il est amoureux.
ActeursKris Kristofferson, Isabelle Huppert, Christopher Walken, John Hurt, Sam Waterston, Jeff Bridges, Brad Dourif, Joseph Cotten, Ronnie Hawkins, Paul Koslo, Geoffrey Lewis, Mickey Rourke, Anna Thomson, Willem Dafoe
Réalisateur(s)MICHAEL CIMINO
Critique **** Rarement un film a porté une vision aussi noire de la conquête de l'Ouest et de la construction des États-Unis. Western sur la forme, anti-western sur le fond, La Porte du paradis est un film monstrueux sur la réalité derrière le mythe, sur les idéaux déchus. Cette porte du paradis, sensée donner accès au rêve américain de liberté, de propriété et d'enrichissement, dans un bon melting-pot, est ici la porte d'un enfer pour nombre de migrants, condamnés à une vie de misère dans un cadre de non-droit. Cimino dépeint un Ouest où la sauvagerie s'épanouit entre colons, sur fond de lutte des classes, de racisme et de violence. Il évoque la naissance d'une nation, confuse et peu glorieuse, fondée sur le mensonge, le vol et quelques pratiques fascisantes... Pas étonnant que ce concentré de mauvaise conscience ait tant déplu à sa sortie. Le film reste à ce jour l'un des plus gros bides financiers de l'histoire du cinéma. Bide qui a précipité la ruine d'une major (United Artists, qui devra fusionner avec la MGM en 1981). Bide qui a aussi plombé la carrière de Cimino, alors que Hollywood lui faisait les yeux doux depuis le succès de Voyage au bout de l'enfer (1978). Il attendra cinq ans avant de tourner un nouveau film, L'Année du dragon, et continuera sa carrière de façon très erratique.
Avec le recul, on reste scotché par l'ambition, l'audace, de ce film vaguement mégalo mais absolument cohérent dans sa vision jusqu'au-boutiste, vision historique, politique, sociale que Cimino déploie magistralement dans une double direction, intime et spectaculaire. Il creuse magnifiquement deux sillons, l'expression d'une violence quasi ontologique, chaotique et absurde, et le lyrisme amer (lyrisme de l'échec), là où un Robert Altman, autre réalisateur états-unien attiré par le versant fangeux ou mensonger de l'histoire US (John McCabe, Buffalo Bill) préfère l'ironie. Puissant narrativement, ponctué de scènes chocs (le suicide de la femme après la bataille, le dernier règlement de comptes), ce film est aussi une réussite esthétique : superbe lumière, cadres-tableaux, amples mouvements de caméra, douceur des scènes d'intérieur... À classer dans la catégorie des grandes oeuvres maudites.

Frédéric Viaux (film vu le 12/08/2006, revu le 26/07/2013 sur grand écran)

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