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Présentation du film

Titre françaisLeviathan (2012)
Titre originalLeviathan
Résumé Voyage au bout de la nuit à bord d'un chalutier labourant la mer au large de New Bedford (États-Unis). Du métal fendant l'écume, des hommes travaillant comme des machines, des poissons aux yeux globuleux, des mouettes jaillissant comme une constellation d'éclairs blancs dans la nuit, des eaux tumultueuses brassant une masse informe de vie et de mort...
ActeursDeclan Conneely, Johnny Gatcombe, Adrian Guillette, Brian Jannelle, Clyde Lee, Arthur Smith, Christopher Swampstead
Réalisateur(s)LUCIEN CASTAING-TAYLOR et VERENA PARAVEL
Critique ** La mer, la pêche, comme on ne les avait jamais vues. Lucien Castaing-Taylor et Verena Paravel ont déployé un dispositif unique : plusieurs petites caméras, utilisées habituellement pour les sports extrêmes, ont été positionnées dans le bateau, sur ou sous l'eau. Le choix de ces positionnements offre de multiples points de vue insolites et une matière visuelle qui permet de transcender le sujet du documentaire (l'activité d'un chalutier en pleine mer, sujet a priori peu emballant). L'hyperréalisme, ainsi anglé par les réalisateurs, débouche curieusement sur une forme d'abstraction expérimentale, structurée par un montage d'inspiration poétique plus que didactique, et accompagnée d'une bande son expressionniste, saisissante. Le film porte ainsi bien son titre. Car ce chalutier lambda devient ici un monstre marin, dévoreur, dépeceur de poissons, dans un contexte chaotique. Certaines images confinent à des visions cauchemardesques, infernales. Quelque part entre Dante et Melville, tout en restant dans une ère industrielle moderne. Bref, ce Leviathan est un point de convergence inédit entre une aventure esthétique aux retentissements mythologiques et une réflexion sous-jacente, contemporaine, sur les rapports nature/culture en milieu marin (l'exploitation brutale, forcenée, d'un écosystème par l'homme ; l'exploitation de l'homme par l'homme, les pêcheurs étant présentés comme des ouvriers aux gestes mécaniques, répondant aux nouveaux enjeux de consommation). Tout cela est uni par une poétique des éléments (eau, air, matières visqueuses) qui tantôt met l'accent sur le côté "carnage flottant", tantôt sur une beauté d'une inquiétante étrangeté (le vol des mouettes, les eaux tourmentées). Fascinante, cette expérience est aussi exigeante car brute, sans commentaire et constituée de quelques longs plans fixes qui défient parfois l'attention. Mais le voyage vaut singulièrement le détour.
Prix Fipresci au festival de Locarno 2012.
Pour info, le port du chalutier, New Bedford, est aussi le port de départ dans Moby Dick, le roman de Melville.

Frédéric Viaux (film vu le 29/08/2013 sur grand écran)

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