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Présentation du film

Titre françaisGravity
Titre originalGravity
Résumé Deux astronautes, la Terre en toile de fond. Une banale sortie dans l'espace, depuis la station Explorer. Ryan Stone, experte en ingénierie médicale, effectue là sa première mission spatiale, tandis que Matt Kowalski profite de son dernier voyage en apesanteur. Tout se passe bien jusqu'au moment où Houston annonce l'arrivée d'une nuée de débris satellitaires. Collision. Destruction. Les deux astronautes se retrouvent seuls dans l'espace...
ActeursSandra Bullock, George Clooney, Ed Harris
Réalisateur(s)ALFONSO CUARÓN
Critique *** Le début du film nous prend quelque peu pour des cons. Un texte en blanc sur fond noir nous explique que la vie est impossible dans l'espace, à cause de l'absence d'oxygène et des températures très basses. On nous indique aussi qu'il n'y a pas de son. Histoire de nous prévenir, un peu comme le faisait l'affiche du premier Alien, que personne ne nous entend crier dans l'espace... Bon. Et pour surligner encore ce discours édifiant aux grosses vertus d'annonce toc-toc-boum-boum, une musique va crescendo en volume, tonitruante, assommante. On se dit alors qu'on est bien mal barré et qu'Alfonso Cuarón, auteur du très bon Fils de l'homme, a chaussé ses gros sabots de l'espace. Ce préambule dure une grosse poignée de secondes. Et puis... Silence. Miracle. L'espace comme si l'on y était. C'est lent, c'est gracieux, c'est magnifiquement éclairé. Et c'est le début d'un plan-séquence d'une grande virtuosité, qui va durer de longues minutes et enregistrer, dans un même souffle, les mouvements des astronautes au travail, un mélange d'application, de légèreté, d'humour à deux balles (véhiculé par le personnage de George Clooney), puis l'inquiétude, la panique, l'horreur. Tout cela sur un mode glissant et tournoyant, en passant des plans d'ensemble aux gros plans, des visions objectives aux visions subjectives, de l'extérieur à l'intérieur de la combinaison du personnage de Sandra Bullock, et en jouant aussi avec les reflets sur le casque pour créer des effets d'effroi.
La performance visuelle est bien l'atout numéro 1 de ce film qui s'impose comme une expérience de cinéma unique, incroyablement immersive et stressante. La technique a fait des miracles pour parvenir à un tel réalisme, association harmonieuse de prises de vues réelles, de nouveaux modes d'éclairage, d'infographie, d'animation, dans un dispositif complexe faisant intervenir acteurs, réalisateur, robots, câbles spéciaux, ordinateurs. Avec, en prime, une utilisation de la 3D pour une fois complètement justifiée et bien exploitée, sans abus.
Autre atout du film : un scénario assez dépouillé, qui tire finalement peu vers la science-fiction, en raison de sa recherche de réalisme, mais plutôt vers l'action, et plus précisément vers le film catastrophe, version galactique. La mécanique narrative est particulièrement efficace, fondée sur une logique d'urgence et de survie. Mais au-delà de ça, on note l'audace d'un scénario hollywoodien qui ne repose vraiment que sur deux personnages en chair et en os, plus quelques voix au début (dont celle d'Ed Harris). Ce scénario, cosigné par Alfonso et Jonás Cuarón, père et fils, a aussi le mérite de rester bien focalisé sur son sujet (comment rejoindre la Terre quand on est seul dans l'espace et que l'on va bientôt être à court d'oxygène), sans faire intervenir trop d'éléments périphériques (Houston reste muet, ça fait du bien), sans développer d'enjeux autres qu'individuels (il ne s'agit de sauver ni les États-Unis, ni l'humanité) et sans accentuer la valorisation héroïque (enfin, un peu quand même). Un scénario resserré, donc, et peu bavard, même si les quelques concessions en la matière (l'humour du personnage de Clooney, l'évocation du deuil du personnage de Bullock) apparaissent encore superflues, tant les images, hallucinantes, se suffisent à elles-mêmes. Remarque identique, d'ailleurs, pour les bruitages (on nous avait pourtant dit qu'il n'y avait pas de son dans l'espace...) et pour la musique, trop appuyée. On se prend alors à rêver d'un film quasi muet, encore plus radical dans son expérimentation spatiale. Mais Hollywood, comme Blaise Pascal, est et sera manifestement toujours effrayé par le silence éternel des espaces infinis...
Outre les tentatives plus ou moins exhaustives de réalisme, outre la recherche permanente d'efficacité dramatique, les Cuarón ont aussi voulu faire leur Kubrick, comme tous les bons pilotes de space opera ambitieux depuis 2001 l'odyssée de l'espace. Pas de réflexion métaphysique ici, mais une métaphore filée qui transcende le récit, métaphore du cycle de vie qui lie le personnage féminin à la Terre, via des ersatz de cordons ombilicaux, des positions foetales, jusqu'à la mise au monde finale, ce passage des eaux à la terre, qui peut se voir comme une renaissance individuelle sur fond d'aube de l'humanité. C'est un peu lourdement symbolique, mais pas inintéressant. En tout cas cohérent et original dans une production de ce genre.
Pour finir, on n'ira pas jusqu'à suivre James Cameron lorsqu'il avance que Gravity est "le meilleur film sur l'espace jamais réalisé", mais c'est certainement le plus impressionnant visuellement à ce jour, et accessoirement le meilleur film d'action de l'année.
Oscar 2014 : meilleur réalisateur, meilleure photographie, meilleurs effets spéciaux, meilleur montage, meilleure musique originale, meilleur mixage son, meilleur montage son.

Frédéric Viaux (film vu le 23/09/2013 sur grand écran - Festival de San Sebastián 2013)

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