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Présentation du film

Titre françaisFenêtre sur cour
Titre originalRear Window
Résumé Le photographe L. B. Jeffries est cloué dans un fauteuil, chez lui, la jambe dans le plâtre. Chaque jour, il reçoit la visite d'une infirmière et de sa fiancée, la "parfaite" Lisa Fremont qui attend de lui une demande en mariage. Mais le photographe est plus intéressé par la vie de ses voisins qu'il observe jour et nuit, depuis sa fenêtre. Le comportement de l'un d'eux éveille sa curiosité qui se transforme en obsession. Jeffries est persuadé que l'homme d'en face, M. Thorwald, a tué sa femme...
ActeursJames Stewart, Grace Kelly, Wendell Corey, Thelma Ritter, Raymond Burr, Judith Evelyn, Ross Bagdasarian, Georgine Darcy, Sara Berner, Frank Cady, Jesslyn Fax, Rand Harper, Havis Davenport, Irene Winston
Réalisateur(s)ALFRED HITCHCOCK
Critique **** À l'origine, il y a une courte nouvelle de Cornell Woolrich (alias William Irish), parfaitement adaptée par le scénariste John Michael Hayes dont c'est la première collaboration avec Hitchcock. Suivront trois autres films associant les deux hommes : La Main au collet, Mais qui a tué Harry et L'Homme qui en savait trop. La matière dramatique de Fenêtre sur cour est un petit bonheur d'équilibre, délicieux cocktail d'humour et de suspense, composé de dialogues souvent irrésistibles (notamment la conversation sur le mariage moderne, au début du film). Structurée en mode huis clos, cette brillante comédie policière a d'abord constitué un défi technique pour Hitchcock : il a fallu construire un immeuble entier dans les studios Paramount, aménager une dizaine d'appartements et surtout orchestrer une narration fluide en partant de l'appartement du personnage principal, puis en essaimant vers la cour d'immeuble, de fenêtre en fenêtre. Le réalisateur a ainsi déployé une virtuosité technique qui n'a d'égale que sa direction d'acteurs. Tout est habile, lentement et posément maîtrisé. Le divertissement est élégant, amusant, captivant. On y retrouve deux thèmes fétiches d'Hitchcock : la dialectique innocence/culpabilité et le jeu sur les apparences, trompeuses ou pas, en matière criminelle comme en matière amoureuse. Le tout traité avec une ironie qui trouve son expression la plus jubilatoire dans la conclusion du film, ou plutôt dans les conclusions de chaque petite histoire développée au sein des appartements observés. Mais ce qui fait réellement de Fenêtre sur cour un grand film, ce qui transcende ce divertissement au demeurant excellent, c'est la double mise en abyme proposée par son dispositif narratif. D'une part, Hitchcock fait du personnage central un double du spectateur. Ce que L. B. Jeffries contemple dans la cour d'immeuble et les appartements est ce que nous contemplons à l'écran. En portant son intérêt d'une fenêtre à l'autre, il fait aussi comme le spectateur de télévision zappant d'une chaîne à l'autre. Le réalisateur nous tend ainsi un miroir, nous confronte malicieusement à notre propre voyeurisme, notre propre désir d'intrigues romanesques, qui devient parfois addiction, en brodant sur la notion de spectacle. D'autre part, Hitchcock se met lui aussi en scène, en quelque sorte, à travers ce même personnage central, installé dans un fauteuil face à une scène, un téléobjectif à la main, imaginant des drames dans un esprit obsessionnel et logique... Ou comment faire du métacinéma de façon intelligente et ludique à la fois. Enfin, la qualité du film doit beaucoup au charme de ses interprètes principaux : James Stewart et ses yeux bleus, Grâce Kelly et sa blondeur, son élégance, son classicisme, pure incarnation du fantasme personnel et professionnel du réalisateur... On notera aussi que le personnage du voisin suspect est interprété par Raymond Burr qui s'illustrera par la suite dans des séries TV, incarnant notamment L'Homme de fer et Perry Mason.

Frédéric Viaux (film vu le 02/03/1993, revu le 02/01/2014 sur grand écran)

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Vos avis (1)

De Didier - 17/04/2016
Sous ses airs de thriller, le film est surtout une étude de moeurs vénéneuse, implacable et fascinante. Hitchcock a particulièrement bien décrit le comportement et le caractère du photographe cloué dans son fauteuil roulant, habitué à saisir les images de la réalité et à observer, devenant un voyeur traquant ses voisins et assouvissant des fantasmes personnels dans lesquels entre, pour une part, une certaine frustration sexuelle. Tout un microcosme social se révèle sous la caméra d'Hitchcock, dans un décor de cour intérieure d'immeuble, cadre quasi clos construit comme un piège et laissant apparaître l'ambiguïté des apparences. Ce décor construit en studio à échelle réelle reste l'un des plus célèbres du cinéma, où le réalisateur peut jouer de sa technique virtuose. Comme Psychose ou Sueurs froides, le film précipite le spectateur au sein de l'intrigue criminelle comme s'il était aspiré par elle, s'adonnant ainsi au voyeurisme. Hitchcock surveille l'inéluctable descente de cette intrigue construite comme une spirale à l'atmosphère envoûtante et au suspense soutenu. C'est la vie quotidienne qui bascule dans le cauchemar éveillé. James Stewart y est remarquable et Grace Kelly y est d'une beauté absolument rayonnante ; le ton érotique est latent et plein de sous-entendus ; la perfection dramatique est au summum ; Hitchcock se joue des nerfs du spectateur. Bref, c'est un pur chef-d'oeuvre, l'un des cinq ou six très grands films du Maître !

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