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Présentation du film

Titre françaisGrande Illusion (La)
Titre originalLa Grande Illusion
Résumé Durant la guerre de 1914, l'avion du capitaine de Boeldieu et du lieutenant Maréchal est abattu par le commandant von Rauffenstein. Les deux Français, rescapés, sont traités avec égard puis conduits dans un camp où ils vont s'allier à d'autres détenus pour s'évader. En vain. D'autres tentatives suivront, dans d'autres camps, avant que Boeldieu et Maréchal ne soient transférés dans une forteresse et retrouvent Rauffenstein, lequel porte à Boeldieu, par-delà la guerre, une estime aristocratique.
ActeursJean Gabin, Pierre Fresnay, Erich von Stroheim, Marcel Dalio, Dita Parlo, Julien Carette, Gaston Modot, Jean Dasté, Georges Péclet, Werner Florian, Sylvain Itkine, Jacques Becker
Réalisateur(s)JEAN RENOIR
Critique *** La beauté de ce film tient dans la limpidité de son propos pacifiste et humaniste. Pas de démonstration édifiante, pas de déballage lyrique. Mais une histoire simple et pudique, filmée à hauteur d'hommes, comme disait Howard Hawks. La générosité, la fraternité, l'amour aussi (dans le dernier quart du film) sont traités avec une évidence littéralement désarmante. Une évidence qui transcende les frontières, les religions et les classes sociales, même si le sentiment d'appartenance à une classe sociale demeure toujours, aux yeux de Renoir, un élément discriminant en termes d'affinités électives. En témoigne l'amitié aristocratique entre Boeldieu (Pierre Fresnay) et Rauffenstein (Erich von Stroheim), ou l'amour entre les personnages interprétés par Jean Gabin et Dita Parlo, le prolo français et la paysanne allemande.
Le thème du rapport entre les classes est au coeur du réalisme social de Renoir en général, comme il est au coeur de son histoire personnelle, lui qui, dans sa jeunesse, a côtoyé à la fois le "peuple" (via les domestiques de son père) et l'aristocratie artistique et intellectuelle de l'époque, avant de s'engager bien à gauche en politique. Jusqu'alors, le cinéaste avait surtout pointé dans ses oeuvres les tensions qui résultaient de ces rapports, souvent dramatiques. Ici, il met l'accent sur un esprit de cohésion et de paix, sans pour autant basculer dans l'angélisme, les notions de respect, de devoir et d'honneur (qui motivent le sacrifice permettant l'évasion finale) pouvant très bien se substituer à des sentiments profonds.
Quoi qu'il en soit, il y a dans ce film beaucoup de chaleur humaine, que le réalisateur sait rendre tantôt joyeuse (la camaraderie entre détenus, le partage des denrées gourmandes, l'humour gouailleur du personnage de Carette...), tantôt grave (l'amitié impossible entre les deux militaires les plus gradés, leurs dernières confessions amères) ou sobrement mélodramatique (l'histoire d'amour contrainte par la guerre). La synthèse de ces tonalités se fait avec une belle maîtrise classique côté réalisation et photographie, un peu moins côté montage, avec certains enchaînements parfois abrupts. Mais ce que l'on retient le plus, c'est la direction d'acteurs (tous excellents), notamment celle d'Erich von Stroheim que Renoir admirait en tant qu'interprète et surtout en tant que réalisateur. La découverte de Folies de femmes aurait même décidé de sa carrière de cinéaste.
Un mot, enfin, sur la réception du film en 1937-1938, une époque où le fait de considérer la guerre de 1914 comme la "der des ders" devait effectivement apparaître comme une grande illusion... Le message pacifiste du film a été diversement accueilli dans le monde : plébiscité en France par la critique et le public jusqu'à ce que la censure tombe en 1940, salué par Roosevelt, détesté par Goebbels et globalement interdit dans les futurs pays de l'Axe, même si le film a été présenté à la Mostra de Venise où il a obtenu un succès public et le prix symbolique du meilleur ensemble artistique. Cette année-là (1937), c'est Un Carnet de bal, de Julien Duvivier, qui a reçu la coupe Mussolini. Un film à sketchs plus anodin sur le plan idéologique. Voilà qui n'a pas empêché Renoir de conquérir, grâce cette Grande Illusion, une renommée internationale.
Scénario : Charles Spaak et Jean Renoir. Assistant réalisateur : Jacques Becker (qui fait aussi une apparition non créditée à l'écran). Musique : Joseph Kosma. Script : Françoise Giroud (sous le nom de Gourdji).

Frédéric Viaux (film vu le 05/11/1994, revu le 16/02/2014 sur petit écran)

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